Croire

Croire en Dieu n’est pas une évidence. Expliquer sa foi ne l’est pas plus. Croire au Dieu de Jésus-Christ, pourquoi ce choix ? A travers quel cheminement ?

Quand j’étais petit, je suis né dans une famille chrétienne à la solide foi de la région, située à l’intersection de la Bretagne, de l’Anjou et de la Vendée. Une foi à l’image de l’époque, ancrée sur la pratique religieuse et une certaine morale. Il y avait le ‘‘ Bon Dieu’’, à qui l’on faisait sa prière, les bons qui allaient au Paradis et les méchants qui allaient en enfer.

La découverte de Dieu est ensuite un long cheminement qui n’est jamais terminé. La foi ne peut être vraie que si l’on a, un jour, douté. La grosse période de doute s’est située après l’armée, 28 mois dont 14 passés en Algérie, vers la fin de ce que l’on a appelé ‘‘ la guerre d’Algérie ’’. Pendant ce temps de l’armée, j’avais pourtant fait la découverte de la Bible à l’aumônerie militaire de Metz, pendant 6 mois et ensuite, en Algérie, j’avais fréquenté le groupe d’amitié et même été correspondant de la région. Au retour je me suis impliqué dans l’encadrement des jeunes avec les vicaires de la paroisse. Et c’est là qu’on se dit « Je fais tout çà - beaucoup d’activités - et si Dieu n’existait pas ? ». Le besoin se fait alors sentir d’approfondir les raisons de sa foi. Je dirais que l’on ne croit pas dans le même Dieu au fur et à mesure que la vie avance ou plus exactement que l’on ne s’en fait pas la même image ou que les contours se précisent davantage avec le temps et la recherche.

            Confronté à la vie active, peu à peu, j’ai senti que le message de Jésus à travers sa vie et son Evangile était le seul qui pouvait vraiment et profondément répondre et apporter des solutions aux problèmes individuels et collectifs. J’ai adhéré au Christ comme l’on soutient le message d’un responsable politique (dans ce temps-là, c’était le général De Gaulle avec ses imperfections humaines..). Et je me suis dit que si je croyais au message de Jésus-Christ pour son implication dans la vie, je devais aussi croire et écouter tout son message sur Dieu : que Dieu est un Père et qu’il nous aime. A mesure que l’âge avance je scrute à travers les Ecritures et le message de l’Eglise qu’est-ce qui peut mieux m’aider à comprendre, à approcher la vérité de Dieu. La connaissance de Dieu est un long chemin, le même message, la même parole peuvent dire quelque chose à un moment de la vie, alors que jusque là, elles n’avaient été que belle parole.

Il est des moments privilégiés de la rencontre de Dieu, de sa compréhension, de l’approfondissement de la foi. Ils sont de deux ordres : personnels ou collectifs. Dieu parle à chacun dans le silence comme le dit si bien la rencontre du prophète Elie. Le silence est avant tout une ouverture, une disponibilité du cœur. Et Dieu parle aussi à travers les assemblées de la vie chrétienne : célébration, messe, réunion d’équipe ... A certains jours la pratique religieuse, la messe du dimanche en particulier, peut ne pas être évidente, poser des problèmes de disponibilité, peser comme une contrainte et pourtant ce sont là des moments privilégiés. Pour avoir pratiqué la compétition sportive et ensuite en avoir gardé l’esprit, je dirai que c’est un peu comme les entraînements. Il y a des jours où il fait beau et c’est un plaisir à l’idée de devoir se lancer sur la route, et il y a aussi des jours où il pleut, il fait mauvais temps et il faut faire un effort pour s’élancer. Et pourtant après, on se sent mieux. La messe c’est un peu çà. Au milieu des jours tumultueux de la vie active, des problèmes, des luttes, c’est comme un moment de calme où l’on fait le point, où l’on révise sa vie, où l’on s’ouvre à l’infini de Dieu. C’est aussi nécessaire pour la vie chrétienne que l’entraînement pour le coureur. On peut sauter un entraînement, on ne peut pas se passer d’entraînement. C’est pareil pour la messe si l’on veut cultiver, faire grandir et épanouir sa foi.

Croire ce n’est pas être parfait. La sainteté d’ailleurs n’est pas la perfection mais la transparence, la transmission en actes de l’Amour de Dieu. Et ce n’est pas facile, car l’homme est toujours pécheur, tiraillé entre le bien et le mal. Seul Dieu qui est Amour et a vaincu le mal peut nous aider à répondre vraiment à l’amour et à vaincre le mal.

Tout homme, toute institution humaine souffre de cette imperfection de la nature humaine, de cette lutte, de ce mélange qu’il y a en chacun de nous de bien et de mal.

Mais c’est bien là qu’il faut dire avec saint Paul «  Si je dois me glorifier, je me glorifierai à travers mes faiblesses, car c’est là que se manifeste la gloire de Dieu et son action à travers moi ».

La foi est une longue approche. Elle ne se définit pas en quelques mots, mais au travers de multiples facettes, de multiples images. Les textes, qui suivent, se veulent un cheminement de la construction de la foi telle qu’elle a été pour moi. Pour d’autres elle sera différente ; à travers de l’avancé dans la vie, elle est appelée à évoluer. C’est la pose de repères pour délimiter la route à suivre, pour cerner une vérité jamais atteinte ici-bas. Ce sont un peu les paraboles de l’Evangile : expliquer, à partir de réalités et d’expériences vécues, des vérités immortelles.

Ma foi est celle d’un homme de 60 ans, celle de celui qui bêche la terre et de celui confronté aux techniques industrielles et aux évolutions de cette fin du 20ème siècle. Elle passe à travers une longue histoire, qui lui est propre, faite de joies, de peines, de travail et de souffrances. Elle se veut simplement un petit témoignage qui permette à d’autres de découvrir, de rencontrer Dieu. Dieu est toujours un jour sur le chemin de tout homme, mais comme Latchou, dont le conte est raconté plus loin, il est toujours difficile de le reconnaître et comme les disciples d’Emmaüs, c’est souvent après que nos yeux s’ouvrent et que, comme eux, il est temps de mettre en route.

Les textes qui suivent ont des origines très diverses. Certains viennent de la Bible, de l’Ancien ou du Nouveau Testament. D’autres ont été cueillis au hasard d’une revue. D’autres sont personnels. L’Esprit de Dieu, comme le vent, souffle où il veut